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Développement durable

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Développement durable
lutter contre l’effet des changements climatiques sur les sports de neige
Des paysages hivernaux immaculés. Des sommets enneigés scintillant sous le soleil. L’adrénaline d’un virage parfaitement négocié. Les sports de neige procurent un vrai bonheur. Ajoutez à cela l’air frais et les bienfaits de la nature et vous obtenez la recette qui attire des millions de personnes à la montagne chaque hiver. Si le ski est un loisir très apprécié, l’industrie des sports de neige pèse aussi plusieurs milliards d’euros. Une activité actuellement en proie à une sévère menace.
La vulnérabilité des sports de neige
Les changements climatiques sont l’un des principaux enjeux mondiaux. Les scientifiques de tous pays s’accordent à dire que la planète se réchauffe en raison de l’activité humaine. On s’attend à l’avenir à plus de variations climatiques, notamment des températures moyennes plus élevées, des conditions météorologiques extrêmes accrues et un manteau neigeux moins naturel. Parmi les sports d’extérieur, les sports de neige sont les plus vulnérables en raison de leur dépendance vis-à-vis du climat et de l’environnement. Bien que variable en fonction des régions, l’impact à long terme du réchauffement climatique s’annonce important d’après les prévisions. Dans une certaine mesure, les conséquences pour les sports de neige sont gérables avec le concours des technologies modernes et des innovations vertes dans l’enneigement, l’entreposage et la gestion de la neige. Il est toutefois crucial que l’industrie des sports de neige montre la voie pour que les futures générations puissent continuer à profiter des joies de la montagne.
La FIS en pionnière
Les JO d’Albertville en 1992 sont considérés comme le premier événement majeur à avoir attiré l’attention sur le développement durable. Deux ans plus tard, les Jeux de 1994 de Lillehammer restaient en mémoire comme les premiers « Jeux verts ». Cette même année, le CIO intègrait l’environnement comme troisième pilier du Mouvement olympique, avec le sport et la culture. La Fédération Internationale de Ski (FIS) fut parmi les premières au sein du Mouvement olympique à intégrer le respect de l’environnement dans sa réglementation. Elle a ainsi adopté le «Manifeste de Mainau» dès 1994. Cette résolution, basée sur la Charte verte de l’île de Mainau, soutient l’objectif de développement durable et la protection de la nature et de l’environnement pour le bien de l’humanité. Elle a fait suite aux appels du Sommet de la Terre de Rio en 1992 et a conduit, en 1998, à la rédaction de directives environnementales pour les soumissionnaires des Mondiaux FIS. Celles-ci confient aux organisateurs la responsabilité de protéger l’environnement qui constitue une « base essentielle à la durabilité du ski ».
Qu’est-ce qu’un sport durable ?
Lorsque l’on parle de durabilité, on entend « durée ». Le mot désigne désormais la pérennité humaine sur Terre. La définition la plus connue du développement durable est celle de la Commission Brundtland de 1987, qui l'explique comme le développement qui «répond aux besoins des générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs». Le concept actuel de la durabilité s’étend au-delà des considérations environnementales pour inclure une dimension économique et sociale qu’évoque la formule « personnes, planète, profit ». On a même osé la comparaison à un triathlon : « pour gagner, il faut exceller dans les trois disciplines ». L’Académie Internationale des Sciences et Techniques du Sport (AISTS) suggère qu’un « sport est durable lorsqu’il répond aux besoins de la communauté sportive d’aujourd'hui, tout en contribuant à améliorer les opportunités sportives futures pour tous, ainsi que la protection de l’environnement naturel et social duquel il dépend ». Un événement sportif durable trouve donc l’équilibre entre équité sociale, intégrité environnementale et rentabilité.
La durabilité au programme
La durabilité dans le secteur sportif a récemment pris une importance considérable. Lors d'une session extraordinaire à Monaco en décembre 2014, la durabilité est devenue l’une des trois priorités du CIO – avec la crédibilité et la jeunesse – de l’Agenda 2020, dans le cadre de sa nouvelle feuille de route stratégique. Le potentiel des sports à favoriser le développement durable a aussi été reconnu par les Nations Unies. Le sport a été intégré à l’Agenda 2030 de développement durable de l’ONU et aux 17 Objectifs de développement durable (ODD) adoptés en 2015. Pour la première fois, 193 pays se sont accordés à fixer des objectifs pour piloter le développement mondial. L’Agenda olympique 2020 du CIO souligne le potentiel du sport à la contribution de la réalisation de 11 des ODD. Lutter contre le changement climatique et s’adapter à ses répercussions est l’un des principaux ODD de l’ONU. La conférence de Paris sur le climat (COP 21) en décembre 2015 a marqué un tournant en termes de réduction d’émissions. Les nations sont parvenues à un accord contraignant pour maintenir le réchauffement climatique sous le seuil de 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels. L'accord est source de grand espoir de voir la communauté mondiale passer à l’action.
Les sports encouragent le développement durable
De nombreuses organisations sportives ont pris des mesures pour promouvoir le développement durable et évaluer, gérer et réduire les effets sur le climat. Les JO d’été de 2012 à Londres ont bousculé les choses et ont été décrits comme les plus durables de l’histoire. L’ambitieux programme de durabilité incluait la mesure de l’empreinte carbone sur toute la durée du projet, l’instauration d’une stratégie de gestion des déchets pour atteindre zéro déchet enfoui et la mise à disposition de transports en commun pendant les jeux.En 2016, suite à un important programme de réduction de l’empreinte carbone lors de la Coupe du Monde FIFA 2014, la FIFA est devenue la première organisation sportive internationale à rejoindre l’initiative «Climate Neutral Now» de l’ONU. L’Euro UEFA 2016 a vu la mise en œuvre d’un programme de développement durable complet qui servira de modèle aux prochaines éditions. Plusieurs autres sports ont emboîté le pas, comme l’équitation et la voile. La Fédération Équestre Internationale a instauré une politique de durabilité en 2014, tandis que celle de voile a organisé une commission et créé un poste de directeur du programme de développement durable en mars 2017. En matière de sports d’hiver, la FIS et la Fédération Internationale de Hockey sur Glace (IIHF) ont toutes deux publié des Guides Verts pour aider leurs organisateurs à réfléchir à la durabilité des événements. Ces directives incluent des listes de contrôle, des exemples et des liens dans des domaines tels que le transport, la gestion des déchets, l’approvisionnement et l’inclusion sociale. Dans le cadre de l’Agenda 2020, le CIO a adopté une nouvelle stratégie de durabilité en décembre 2016. Celle-ci repousse les limites au sein même du CIO, des Jeux et du Mouvement olympique, en incluant les fédérations internationales et les comités olympiques nationaux. Concernant les Jeux, le CIO détient le pouvoir contractuel de faire pression sur les organisateurs des prochaines éditions.
Menace de l’activité
Les changements climatiques constituent indéniablement le principal enjeu environnemental en montagne, et plusieurs stations de ski ont choisi de s’y attaquer de front. Certaines ont instauré des programmes complets incluant des flottes de navettes hybrides ou électriques et des systèmes d’enneigement à faible énergie. D’autres visent à fournir des transports écologiques pour rejoindre ou quitter les stations (principale source d’émissions des sports de ski !), réduire et recycler les déchets et gérer leur chaîne d’approvisionnement. Plusieurs labels, comme le Flocon Vert en France, ont vu le jour pour informer le public de ces efforts et permettre une prise de décision éclairée. Aux USA, Sustainable Slopes, la charte environnementale de l’association responsable des domaines skiables, n’a pas cessé d’évoluer depuis 2000. L’une des principales sociétés américaines active dans le tourisme, Vail Resorts, vient d’annoncer une offensive en faveur de la durabilité baptisée « Epic Promise for a Zero Footprint », qui l’engage à une empreinte nulle d’ici à 2030. Des initiatives majeures ont aussi été lancées par d’autres sociétés comme Patagonia, considérée comme la « conscience » de l’industrie de plein air, renonçant aux profits pour la bonne cause. Squaw Valley Alpine Meadows constitue un modèle de leadership puisqu'il a accueilli le premier événement à empreinte carbone neutre de l’histoire de la Coupe du Monde FIS de ski. Son empreinte – mesurée à 400 tonnes de dioxyde de carbone – sera compensée en 16 ans par une installation solaire locale fournissant une énergie propre aux remontées et installations de la station. Tout aussi novateur, les prochains Mondiaux FIS de ski alpin en 2019 à Åre, en Suède, et le Championnat du Monde de biathlon 2019 d’Östersund, ont uni leurs forces avec les institutions locales et régionales et les fournisseurs d’énergie et de transport pour accueillir les premières compétitions sans énergie fossile.
Le pouvoir du sport et des individus
Pour le sport, cependant, la meilleure chance de mener au changement est probablement de rallier l’opinion publique. Avec sa faculté à toucher aux émotions, le sport est le plus apte à agir comme vecteur de changement. Une modification de comportement est indispensable aux objectifs de la COP 21. Celle-ci s’obtient au travers d’événements et d’athlètes servant de modèles aux passionnés. C’est le cas notamment des ambassadeurs vedettes du sport capables d’inspirer leurs fans de manière directe. Protect Our Winters (POW), une organisation de sensibilisation basée aux USA et présente dans une demi-douzaine de pays, part de ce principe. Sa POWRiders Alliance donne aux athlètes de la glisse les moyens de montrer l’exemple, d’exprimer leurs convictions et d’inciter à la création d’un mouvement social de lutte contre le changement climatique. Sport and Sustainability International est une autre organisation de sensibilisation récente qui œuvre à établir la durabilité comme principe fondamental à travers l’industrie sportive mondiale. En définitive, cependant, le changement positif dépend des skieurs eux-mêmes, en mesure d’exiger que les stations de ski, les entreprises de sports de neige et les organisations sportives s’engagent dans des pratiques progressivement durables et contribuent aux politiques sur les changements climatiques. La balle est donc dans notre camp – œuvrons ensemble pour préserver la poudreuse et le froid hivernal !
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