8

Les sports d'hiver en asie

Scroller
pour explorer
Domaine skiable Genting Resort Secret Garden en Chine.
Asie : nouvelle frontière du ski
Les récentes études de marché s’accordent sur un point : l’axe des sports mondiaux se déplace vers l’est. Les trois prochaines éditions des Jeux olympiques se dérouleront en Asie, à commencer par PyeongChang 2018, tout comme d’autres événements majeurs tels que la Coupe du Monde de rugby 2019 au Japon. Cette orientation asiatique s’appliquera également aux sports d’hiver, en termes de pratiquants comme de revenus. Les marchés traditionnels des Alpes et d’Amérique du Nord étant matures et au mieux stagnants, c’est l’Asie qui détient les clés de la croissance future.
Puissance de la chine
La Chine, nation la plus peuplée au monde et deuxième plus grande économie, sera le moteur du changement. Son gouvernement, dirigé par le président Xi Jinping, prévoit qu’elle devienne la plus grosse économie sportive au monde. Il souhaite convertir 300 millions de Chinois aux sports de neige d’ici à 2022. Dans une économie dirigée par l’État, l’exécution de projets de pratique sportive à aussi grande échelle est une affaire sérieuse. Le déploiement en cours de programmes de football scolaire dans 50'000 écoles d’ici à 2025 montre la capacité d’action du gouvernement. Bien que modeste en comparaison, l’industrie du ski asiatique a beaucoup progressé ces dernières décennies. Le Livre blanc 2016 sur l’industrie du ski en Chine évalue à plus de 15 millions le nombre de visites de skieurs dans plus de 640 stations rien qu’en Chine. La Corée du Sud s’apprêtant à accueillir l’élite mondiale des sports d’hiver en février prochain, le potentiel cumulé des sports d’hiver asiatiques incluant des nations comme l’Inde, le Kazakhstan et même l’Iran ne doit pas être sous-estimé.
Jeux d’hiver
Les Jeux de PyeongChang 2018 représenteront seulement la troisième fois que les JO d’hiver se déroulent en Asie et la première fois hors du Japon. Ancien hôte de la Coupe du Monde FIFA et des JO d’été, la Corée du Sud est habituée aux événements majeurs, bien qu’elle soit moins connue comme destination de sports d’hiver. On peut donc être surpris de voir l’histoire du ski dans le pays remonter aux années 1970. La première station (et encore la plus grande), Yongpyong, a ouvert en 1975. D’autres constructions dans les provinces nord de Gangwon et Gyeonggi ont suivi. PyeongChang, dans la province du Gangwon, où se trouve également Yongpyong, est située à seulement 150 km environ de la frontière nord-coréenne. Elle accueillera les épreuves de neige des Jeux 2018. Ces dernières années, le nombre de visites de skieurs en Corée s’est stabilisé autour de 6 millions par an. Après 2018, la région de PyeongChang prévoit un essor. Elle se rêve en pôle du tourisme hivernal grâce à l’accès amélioré offert par la ligne ferroviaire à grande vitesse depuis Séoul, construite pour les Jeux ; au perfectionnement des remontées et infrastructures d’enneigement, capables de garantir de la neige malgré des chutes annuelles limitées ; à la baisse des prix par rapport au Japon et à l’accessibilité de ses pentes aux débutants. Sans oublier que les stations coréennes restent souvent ouvertes de nuit pour satisfaire les skieurs nocturnes !
Poudreuse japonaise
Le Japon, marché parvenu à maturité, a vu une spectaculaire consolidation de son industrie du ski depuis les records des années 1980. D’après le rapport international 2017 sur le tourisme de neige et de montagne, le Japon compte quelque 11,5 millions de skieurs. Pourtant les visites annuelles sont tombées sous les 40 millions par an en raison de plusieurs hivers chauds. À l’international, le Japon se classe toujours dans le top 5 en termes de fréquentation. Plus récemment, il a enregistré une recrudescence de skieurs étrangers venus profiter des interminables pentes enneigées qu’offrent des chutes de neige annuelles avoisinant 14 mètres en moyenne. La station de Niseko, sur l’île d’Hokkaido, continue de développer ses infrastructures et se considère comme la première station de ski d’Asie destinée à une clientèle internationale.
Boom du ski en chine
En Chine, le ski explose en raison des programmes gouvernementaux, mais aussi d’une classe moyenne grandissante capable et désireuse de dépenser de l’argent dans les loisirs. En novembre 2016, l’Administration générale des sports de Chine a publié le Plan de développement des sports de neige et de glace (2016-2025) et le Plan national de construction d’installations de sports d’hiver (2016-2022). Dans ce cadre, la valeur de l’industrie est estimée à quelque 600 milliards de yuans d’ici à 2020 et plus encore, puisqu’on attend un millier de stations opérationnelles d’ici à 2022. On construit en parallèle des douzaines de centres de ski couverts. Le plus grand au monde, Wanda City, a ouvert à Harbin fin juin 2017, avec 80'000 mètres carrés répartis sur six pistes, un centre commercial, une patinoire olympique et divers hôtels. De récents aménagements ont doté la Chine de stations haut de gamme comme Changbaishan dans la province du Jilin, l’une des plus grandes d’Asie, ouverte en 2012. Œuvre du Dalian Wanda Group dans le massif du Changbai (« toujours blanc »), elle attire les nouveaux riches, jeunes et citadins, au fort pouvoir d’achat. Les sites proposés pour Beijing 2022 à Chongli, dans la province du Hebei, offrent des solutions plus accessibles comme le Genting Resort Secret Garden, ouvert en 2011, et le Thaiwoo Ski & Alpine Resort, achevé en 2015. Le gouvernement envisage déjà d’autres aménagements, comme la construction de la plus haute station de ski au monde au Tibet, près de Lhassa, à plus de 3000 mètres d’altitude.
Stations d’asie centrale
L’Inde, avec sa grande population, présente un certain potentiel comme nation de ski. Les principales stations du pays se trouvent actuellement au nord dans l’État de Himachal. Gulmarg, station en bordure du Cachemire où la plupart des sommets se dressent au-dessus de 4000 mètres, peut également offrir une expérience de ski originale. Mais avec un domaine majoritairement non surveillé et un fort danger d’avalanche, elle ne convient pas aux débutants ni au ski en famille. Parmi les autres stations d’Asie Centrale figurent Chimbulak, en périphérie d’Almaty, au Kazakhstan, et Karakol, dans l’est du Kirghizistan, toutes deux populaires pour le ski héliporté et hors-piste. Chimbulak s’est beaucoup développée avant les Jeux asiatiques d’hiver de 2011. Karakol accueille principalement des skieurs russes et kazakhs dans des infrastructures de qualité et un hôtel idéalement situé sur place. Des préparatifs de voyage coûteux (procédures de visa fastidieuses) et des problèmes de sécurité sont les freins au développement du ski dans ces deux pays.
Différences culturelles
Les origines du ski en Asie diffèrent de celles de l'Europe, où il a vu le jour comme moyen de transport. En dehors des skieurs, les stations accueillent énormément d’hôtes attirés par la neige immaculée et le plaisir d’observer les autres skier, ce qui a des répercussions sur l’aménagement des lieux. Ecosign, une société canadienne active dans la conception de stations de montagne qui a planifié le développement des stations de ski de Beijing 2022, souligne l’importance d’une vaste zone enneigée entre le village et la montagne. Cet «espace de rencontre» est essentiel en Asie où le ski est une affaire de famille. « La bande de neige entre village et montagne est importante, car les non-skieurs veulent y rester pour regarder, faire une bataille de boules de neige ou accompagner leurs enfants ou petits-enfants qui débutent », explique Ryley Thiessen, président d’Ecosign. Des prestations de qualité hors des pistes sont également essentielles par le profil intergénérationnel des visiteurs. Nombre d’entre eux apprécient le ski pour la fantaisie des tenues et équipements. D’autres veulent essayer diverses activités comme la luge, la randonnée en raquette et la promenade en calèche.
Défis de développement
Autre défi : la majorité des skieurs asiatiques sont de niveau débutant ou intermédiaire, et l’industrie du ski manque actuellement de normes de qualité et de personnel correctement formé. Une première expérience malheureuse sur la neige peut facilement rebuter un débutant qui, pour s’améliorer, a besoin de moniteurs bien formés et qualifiés. « La différence entre la Chine et les marchés à maturité est que plutôt que d’évoluer progressivement, le ski en Chine est passé de 0 à 100 instantanément », explique Benno Nager, PDG du Genting Resort Secret Garden. «Les installations et équipements sont d’excellente qualité, ce à quoi s’attendent les Chinois qui ont appris à skier ailleurs. Notre plus grand défi reste de trouver un moyen de les satisfaire tout en initiant correctement des centaines de milliers d’enfants dans le cadre du nouveau programme gouvernemental.» Pour encourager 30 millions de Chinois à pratiquer les sports de neige, la FIS a annoncé un accord de coopération avec Alisports, une société Alibaba, en juin 2017. La collaboration donnera naissance à un programme et une campagne populaires « Get into Snow Sports - China », à partir de la saison 2017/2018. La FIS fournira son expertise en matière de sports de neige et l’Académie FIS/l’Académie mondiale du sport proposera des systèmes de certification variables. L’Association chinoise de ski et l’Université des sports de Beijing apporteront leurs connaissances locales, tandis qu’Alisports servira de partenaire commercial via ses canaux existants sur le marché chinois.
Nouvelle génération de skieurs
Insistant sur les objectifs du programme, le fondateur et PDG d’Alisports, Zhang Dazhong confie : « Le programme “Get into Snow Sports” se concentrera sur une formation standardisée pour convertir les skieurs occasionnels en pratiquants réguliers. Le partenariat visera à offrir à davantage de citoyens la possibilité de partager l’esprit des JO d’hiver et de succomber au charme de la neige et du sport. » Avec une accessibilité accrue à travers l’Asie en termes d’installations et de coût, le prochain défi du ski est de devenir la première activité de sport d’hiver. De nouvelles méthodes pédagogiques, comme l’apprentissage sur le terrain, offrent des solutions prometteuses pour enseigner simultanément à de grands groupes de débutants. Le programme « Get into Snow Sports » constitue certainement un grand pas vers le développement d’une nouvelle génération de skieurs en Asie. Trente millions d’amateurs de ski supplémentaires en Chine devraient aussi aider l’industrie mondiale du ski à être optimiste quant à son avenir asiatique.
Chimbulak, en périphérie d’Almaty, au Kazakhstan.
Développement du ski en chine
Aujourd'hui plus que tout, la Chine se passionne pour les sports d’hiver. Coup de projecteur sur le développement de ces disciplines dans l’Empire du Milieu.
L’association chinoise de ski
L’Association chinoise de ski (CSA) a été fondée en 1981, un an seulement après les débuts de la Chine aux JO d’hiver de Lake Placid. Elle a rejoint la Fédération Internationale de Ski (FIS) la même année. Son président actuel est Duan Shijie et sa secrétaire générale, Wang Chunlu. Opérant comme une sous-organisation du comité olympique chinois, la CSA est l’organe directeur des disciplines de la FIS. Elle gère un bureau principal et quatre départements : freestyle, snowboard, ski nordique et alpin. Elle dirige les équipes nationales des disciplines de la FIS, en plus de promouvoir l’accès au ski dans l'ensemble du pays. Les prouesses chinoises en sports d’hiver se sont depuis rapidement multipliées grâce au système étatique d’orientation des jeunes talents vers des programmes de haut niveau. La Chine, performante aux JO d’été, a décroché sa première médaille d’hiver à Albertville en 1992 et sa première en or à Salt Lake City en 2002. Au fil des ans, le pays s’est distingué en patinage artistique, de vitesse et sur piste courte.
Domination en saut acrobatique
La Chine est apparue sur la scène mondiale du ski en saut acrobatique. L’équipe nationale a été officiellement créée en 1996, avant de monter sur ses premiers podiums de Coupe du Monde FIS en saut féminin l’année suivante. La première médaillée olympique chinoise en ski fut Xu Nannan à Nagano 1998, en saut acrobatique. Han Xiaopeng, qui a remporté la première médaille d’or chinoise en ski, en saut acrobatique masculin à Turin 2006, est également le premier Chinois à avoir décroché l’or aux JO d’hiver. Le saut acrobatique reste la discipline maîtresse des Chinois. Entre 2005 et 2015, le pays a toujours remporté une ou deux médailles d’or aux Mondiaux. Ils ont dominé la Coupe du Monde de saut acrobatique de la saison 2011/2012 avec plus de 30 places sur le podium. Malgré l’absence de médaille d’or à Sierra Nevada la saison dernière, pour la première fois depuis 2003, les sauteurs acrobatiques chinois ont totalisé 19 podiums.
Li nina : princesse du saut acrobatique
L’une des plus grandes vedettes chinoises du saut acrobatique est Li Nina, la princesse de la neige. En 2005, elle a offert à la Chine sa première médaille aux Mondiaux, l’or, un exploit réalisé trois années consécutives. Elle a également remporté deux médailles d’argent olympiques, en 2006 et 2010, en plus de finir cinquième à Salt Lake City 2002 et de sortir de sa retraite pour se classer quatrième à Sotchi 2014. Elle a en outre décroché trois titres de saison entre 2005 et 2014. Ancienne gymnaste reconvertie au saut acrobatique après une poussée de croissance, Li incarne parfaitement la façon dont le système sportif chinois développe ses champions. Elle travaille actuellement au département des sports du comité organisateur de Beijing 2022.
A suivre : le half-pipe
La deuxième meilleure discipline de la Chine à haut niveau est le half-pipe en snowboard, où les Chinoises se distinguent particulièrement. Leur premier podium de Coupe du Monde date de 2007, avec Liu Jiayu, également victorieuse de la première médaille d’or de la Chine aux Mondiaux de snowboard en 2009. Cai Xuetong est la championne du monde en titre grâce à ses victoires consécutives en 2015 et 2017. Le pays ne compte pas encore de médailles de snowboard aux Jeux, malgré cinq athlètes placés dans le top 10 des épreuves de half-pipe à Sotchi 2014. L’Empire du Milieu est maintenant attendu en half-pipe de ski freestyle, snowboard parallèle et saut à ski féminin.
Gain d’expérience avec les épreuves tests des JO
La CSA organise des événements de Coupe du Monde FIS depuis 2004 et les épreuves de saut acrobatique d’Harbin. Plus récemment, les Coupes du monde de saut acrobatique se sont déroulées dans le célèbre « nid d’oiseau » de Beijing. La Coupe du Monde de ski de fond a visité Changchun pour la première fois en 2006, après l’accord entre la CSA, le marathon à ski de Vasaloppet et la municipalité de Changchun pour organiser Vasaloppet China en 2003. Le premier événement de Coupe du Monde de snowboard était une compétition de half-pipe en 2009 à Yabuli, le domaine skiable hôte des Mondiaux de snowboard junior en 2015. Les Mondiaux 2021 de ski freestyle et snowboard se dérouleront à Zhangjiakou/Genting Resort Secret Garden de Chongli, dans la province du Hebei, également hôte de ces disciplines lors des Jeux de Beijing 2022. À Chongli, la CSA collabore étroitement avec le comité organisateur de Beijing 2022 à l’organisation, à la préparation et à la construction des installations. Zhangjiakou commencera par accueillir les épreuves de Coupe du Monde de saut acrobatique, de ski de bosses et de half-pipe en ski/snowboard en décembre 2017. L’épreuve de big air de Coupe du Monde de snowboard doit également faire ses débuts à Beijing la saison prochaine. La Chine va aussi accueillir prochainement sa première Coupe du Monde de ski alpin : les premières épreuves tests olympiques en descente et super-G messieurs sont fixées à février 2020 à Yanqing, près de Beijing. The FIS World Freestyle Ski and Snowboard Championships 2021 will take place in Zhangjiakou/Genting Resort Secret Garden in Chongli, Hebei province, which will also host these disciplines during the Beijing 2022 Games. In Chongli, the CSA is working closely with the Beijing 2022 organising committee for planning, preparation and venue construction. Zhangjiakou will already host FIS World Cup competitions in aerials, moguls and ski/snowboard half-pipe in December 2017. A FIS Snowboard World Cup big air premiere is foreseen in Beijing next season as well. The inaugural FIS Alpine Ski World Cup is also due to be carried out in China soon: the first Olympic test events in the men’s downhill and super-G are set for February 2020 in Yanqing, the Alpine Skiing venue located near Beijing.
2022, l’objectif principal
Le président chinois Xi Jinping a désigné la préparation des Jeux 2022 comme l’une des prochaines missions majeures du pays. L’État s’est également fixé pour objectif d’encourager 300 millions de citoyens à pratiquer des sports d’hiver d’ici à 2022. Pour ce faire, la CSA coopère avec les organisateurs de Beijing 2022 et la faculté des sports d’hiver de l’Université des sports de Beijing, fondée en 2016. Plusieurs accords de coopération internationale ont été conclus, notamment avec l’Association autrichienne de ski pour soutenir les équipes nationales et former les entraîneurs chinois ; avec Lahti, en Finlande, pour un transfert de connaissances en sports d’hiver ; et avec les Jeux d’hiver de Nouvelle-Zélande pour des opportunités de formation aux Antipodes. Au sujet des démarches chinoises pour développer les sports d’hiver, Sarah Lewis, secrétaire générale de la FIS, confie : « La Chine est désireuse d’exploiter les possibilités offertes par Beijing 2022 pour produire plus d’athlètes de très haut niveau, mais aussi de s’en servir comme catalyseur pour développer le sport et l’industrie sur le plan récréatif à travers le pays. » La Chine offre incontestablement de belles perspectives au ski sportif.
Les prouesses chinoises en sports d’hiver se sont multipliées grâce au système étatique d’orientation des jeunes talents vers des programmes de haut niveau.

Sommaire
Magazines