7

Les coulisses d’une piste parfaite

Scroller
pour explorer
Les coulisses d’une piste parfaite
La piste est au centre de l'attention le jour de la course. Clôturée par des kilomètres de filets de sécurité et ornée du logo des partenaires, elle scintille sous les portes et le marquage bleu traçant la ligne idéale. Les questions fusent : comment est la neige ? Rapide, glissante, bosselée ? Qu’en est-il du tracé ? Qui va se démarquer dans ces conditions ? Le ski étant un sport d’extérieur, la piste est une variable parfois difficilement contrôlable.
La piste idéale
La piste parfaite permet à tous les coureurs de livrer leur meilleure performance dans des conditions sûres et équitables. De nos jours, cela implique une neige compacte, presque verglacée, qui conserve sa densité tandis que défilent les skieurs. La préparation de piste sous toutes ses facettes est devenue une science à part entière. Un parcours de qualité dépend aujourd’hui du travail immense fourni par la direction de la compétition et le personnel de piste, mais aussi de l'engagement à long terme des acteurs locaux.
Aux aurores
Tôt le matin, bien avant le lever du jour, le personnel de piste rejoint les officiels de la FIS et les entraîneurs nationaux pour une inspection, afin de vérifier les conditions et de confirmer le programme de la journée. Un grand nombre d’agents de piste se tient généralement prêt à faire le nécessaire pour assurer un déroulement parfait du jour J. Le ski étant un sport sujet aux aléas climatiques, même le meilleur plan peut mal tourner en cas de chutes de neige, de vent ou de brouillard intempestif. Les organisateurs et professionnels de la FIS puisent alors dans leur vaste expérience pour trouver une solution permettant le déroulement de la course. « Le ski se pratique nécessairement en montagne. Au fil des ans, nous avons relevé ce défi et développé un immense savoir-faire pour nous accommoder de notre environnement. Nous sommes désormais en mesure de gérer mère Nature avec assez de succès », révèle Jean-Philippe Vulliet, directeur de course FIS pour les épreuves de vitesse féminines de Coupe du Monde, qui compte des dizaines d’années d’expérience à son actif comme entraîneur et officiel du ski alpin. « Au final, si une course ne peut avoir lieu le jour prévu, cela signifie que nous avons épuisé toutes nos cartes, et c’est rarement le cas. »
Neige naturelle contre neige artificielle
Günter Hujara, vétéran allemand du ski alpin et expert technique de la FIS, a passé sa carrière entière à skier, et notamment 31 ans comme directeur du circuit hommes de la Coupe du Monde. Il a été témoin des différents stades de développement de la préparation d’une course. « Au début des années 1990, les organisateurs faisaient de leur mieux selon les conditions géographiques, mais les pistes étaient souvent irrégulières et les numéros de départ de 1 à 6 étaient largement avantagés. Depuis, nous nous sommes attachés à rendre ces dernières aussi homogènes que possible, afin de garantir des chances équitables à tous les participants. » L’introduction de systèmes d’enneigement a été la principale dimension de ce développement. La neige artificielle est aujourd’hui la norme sur 100% des pistes, mais il a fallu des années pour gagner l’adhésion universelle du monde du ski. La standardisation de l’enneigement simplifie la préparation de piste et l’on peut même adapter les processus de production aux conditions météorologiques existantes. Ajouter de l’eau à la neige, en la pulvérisant à travers le système ou en l'administrant avec une barre d’injection spéciale, est une pratique désormais courante utilisée pour optimiser la densité et la durabilité de la neige. Le salage du parcours – auparavant souvent avec des engrais, maintenant uniquement avec du sel naturel – est un autre moyen de durcir la neige dans des conditions atmosphériques particulières.
Un effort à long terme
Peu de gens se rendent compte que le travail pour obtenir la piste parfaite ne se fait pas dans les derniers jours avant la compétition, mais bien en amont, durant les mois ou années qui précèdent. D’après l’expérience de Günter Hujara, la clé de la réussite le jour de la course réside dans l’engagement de la communauté hôte à l’égard du ski alpin. Quatre facteurs jouent un rôle dans l’obtention de conditions de course idéales : l’entretien de la piste, l’infrastructure de gestion de la neige, le chef de course et l’organisation locale. « Au final, tout repose sur les efforts que la communauté locale est prête à fournir au fil du temps. Cela commence par l’entretien de la piste à l’année, de la tonte au déblaiement régulier des cailloux et racines, et au façonnage de la pousse naturelle des arbres et arbustes en bordure. La technologie de gestion de la neige est un autre élément essentiel. Les équipements d’enneigement modernes sont ultra-optimisés et contrôlés par ordinateur. La production de neige pour les pistes de compétition, différente de celle des pistes touristiques, requiert des compétences spécialisées. Les aptitudes et l’expérience des conducteurs de dameuses, le matériel à leur disposition et leur formation ne sont également pas les mêmes en ski alpin ou en ski de loisir. »
Des ressources locales au grand savoir-faire
Un personnel au fait des spécificités locales et impliqué dans la durée est également fondamental. G. Hujara poursuit : « Le chef de piste local est un personnage clé qui s’appuie sur ses années d’expérience et supervise le travail d’équipe pour entretenir la piste et la préparer à la course, bien avant l’arrivée du cirque blanc. L’organisation sportive au sein du comité organisateur, menée par le chef de la compétition, compte sur ses connaissances de la météo et son expérience des variables locales. » Il peut s’agir des tendances de précipitations, de l’humidité de l’air, de la direction du vent, ou encore des particularités du parcours, des autres infrastructures, des traditions de la station ou des acteurs locaux. Au final, l’engagement local est déterminé par l’importance témoignée au ski alpin comparé au ski touristique. Dans les stations aux longues files d’attente aux remontées, il est difficile d’imposer de longues fermetures de pistes pour organiser des courses. Dans d’autres domaines skiables, l’entraînement et les compétitions font partie intégrante de la stratégie de sport d’hiver de la destination. Pour ces derniers, il y a souvent un individu visionnaire et investi qui encourage le développement d’une communauté entière.
Nalle l’incontournable
Nalle Hansson, 66 ans, est bien connu dans sa ville d’Åre, en Suède. Il s’est occupé des infrastructures et du domaine skiable de la station, la principale du pays et la plus grande au nord des Alpes, pendant 36 ans. Après une décennie à entraîner les équipes suédoises, il est rentré au bercail pour devenir chef des remontées en 1980. Petit à petit, il a œuvré à l’amélioration des infrastructures, allant jusqu’à obtenir l’autorisation de créer un parcours de descente en 1983, une de ses plus grandes réussites. Grâce à ses relations dans la région et ses contacts à l’Association suédoise de ski et à la FIS, il a pu jongler entre les exigences naissantes de l’élite du ski alpin et les demandes locales. Même le transfert de propriété des remontées au gérant suédois de stations de ski SkiStar, en 2000, ne l’a pas arrêté. Nalle a en effet été l'une des figures de proue dans la candidature d’Åre pour l'organisation de ses seconds Mondiaux FIS. En 2002, la station s'est vu attribuer l’édition 2007 des Championnats.
Plus qu’une station ordinaire
Pour Nalle Hansson, accueillir des événements est crucial au développement d’une station et de son offre. Si Åre n’est plus une station de ski ordinaire, mais une ville charmante à l’attrait international et aux conditions de ski exceptionnelles, c’est grâce aux Championnats du Monde. « Åre ne serait pas la même sans le ski alpin. Nous avions besoin de recevoir les épreuves de Coupe du Monde après les années Stenmark. Ensuite, remporter l’organisation des Mondiaux 2007 nous a donné un coup de pouce supplémentaire. Nous avons travaillé sans relâche et pu moderniser la plupart des infrastructures, construire de nouvelles remontées, installer des systèmes d’enneigement et des projecteurs, et plus encore. » Åre ne serait pas le joyau du ski alpin sans Nalle, parti en retraite en 2016 après avoir organisé plus de 100 courses de Coupe du Monde. L’investissement de la station en installations d’entraînement a aussi été crucial au développement de nouvelles générations de skieurs et skieuses de classe mondiale en Suède. Certaines, comme Pernilla Wiberg ou Anja Pärson, sont bien connues, même des simples amateurs de ski occasionnels.
Un travail d’équipe
Même dans une station dotée d’infrastructures et de technologies de pointe, l'organisation sportive demeure le plus grand département du comité organisateur de Coupe du Monde. Aux Mondiaux 2017 de Saint-Moritz, elle représentait un tiers des effectifs. En dehors du personnel de piste et des lisseurs, les fonctions incluent gardiens et juges de porte, agents des aires de départ et d’arrivée, chaperons antidopage ou assistants de chronométrage. Les lisseurs, qui aplanissent la neige entre le passage des coureurs, sont indispensables à l’équipe. En fonction du temps et de la neige, une centaine d’entre eux sont nécessaires au parcours d’une épreuve de Coupe du Monde. Pour deux semaines de Mondiaux, avec parcours masculin et féminin séparés, l’organisation sportive comprendra environ 400 personnes, dont 100 à 120 skieurs expérimentés embauchés comme lisseurs. Dans un City Event avec près de 180 mètres de parcours, seules deux ou trois douzaines de lisseurs sont nécessaires. Peu importe sa longueur, cependant, il faut clairement une équipe entière pour préparer la piste de course parfaite. Une équipe dans laquelle les efforts de chacun sont essentiels à la réussite d’une journée de compétition.
Peu de gens se rendent compte que le travail pour obtenir la piste parfaite ne se fait pas dans les derniers jours avant la compétition, mais bien en amont, durant les mois ou années qui précèdent.

Sommaire
Magazines